Je fais du dessin pour enquêter sur la relation entre l’attention et la perception : la façon dont la fatigue, la concentration excessive ou nos dérapages peuvent transformer notre expérience du monde.

En relevant spontanément ce qui peut capter mon attention, je laisse l’accumulation des marques m’absorber dans la surface du support. Une ligne se projette, transportant puis dispersant ce qui l’a constituée.

Au cœur de cette pratique se joue une tension entre le maintien et la dérive, que j’explore selon trois directions. La première concerne la genèse de la concentration : la manière dont une hiérarchie perceptive se constitue dans un environnement qui déborde de détails, jusqu’à faire émerger un foyer. La seconde porte sur les échanges entre centre et périphérie, leurs tensions et leurs réorganisations au contact de ce qui les affecte. La troisième explore le déploiement de la perception et les dynamiques qui conduisent l’attention à parcourir et à traverser des espaces selon différentes modalités de déplacement : tourner en boucle ou déraper au loin.

Dans un contexte où l’attention est sans cesse orientée, saturée ou fragmentée, rendre visible son caractère opératoire devient une forme de résistance. J’aimerais faire l’éloge de la plasticité de la perception, faire de la fatigue et du décrochage des puissances de transformation ; comprendre comment ce qui nous capte peut tenir ensemble sans se refermer.    

 David Martinez est un artiste, né en 1991 et vivant à Paris. Après des études en philosophie et en histoire de l’art, il obtient en 2025 un Master en Arts plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.